Ce 2 août 2026, l'AI Act, ou Règlement européen sur l'intelligence artificielle, entre dans sa phase répressive : la Commission européenne peut désormais sanctionner les entreprises qui ignorent les nouvelles règles de transparence imposées aux chatbots et aux contenus générés par IA.

L'AI Act est là, votre chatbot va devoir vous avouer qu'il n'est pas humain. © RaffMaster / Shutterstock
L'AI Act est là, votre chatbot va devoir vous avouer qu'il n'est pas humain. © RaffMaster / Shutterstock

Deux ans après son entrée en vigueur, le Règlement européen sur l'intelligence artificielle change de nature. À partir de ce dimanche 2 août, le Bureau européen de l'IA et les autorités nationales peuvent enquêter, réclamer des documents et infliger de lourdes amendes aux entreprises fautives. Qu'il s'agisse des chatbots qui restent muets sur leur nature, des deepfakes non signalés, ou des grands modèles génératifs qui négligent le droit d'auteur, c'est tout un pan de notre quotidien numérique s'expose désormais à de vraies amendes. Attention toutefois, car les obligations les plus strictes, celles visant les systèmes à haut risque, restent encore reportées à 2027.

Ce qui change vraiment dans votre quotidien numérique avec l'AI Act

À compter de dimanche, avec l'entrée en vigueur de l'AI Act, lorsqu'un chatbot, un robot conversationnel, vous répond sur un site de e-commerce ou un service client, il doit vous dire ce qu'il est, sauf si c'est déjà évident. Les assistants virtuels qui jouent les humains sans se démasquer ne peuvent donc officiellement plus se cacher. Même chose pour les outils qui analysent vos émotions ou vous classent selon des critères biométriques, comme le visage ou la voix. S'ils sont interdits au travail depuis 2025, ils doivent ailleurs vous prévenir avant toute analyse.

Cette exigence vaut aussi pour les contenus générés par IA. Une image, un texte, un son ou une vidéo créés par une machine doivent désormais embarquer un tatouage numérique invisible, glissé dans les données du fichier, que seuls des logiciels spécialisés savent lire. À Bruxelles, la Commission européenne voulait que l'on puisse identifier un contenu artificiel même repartagé sur les réseaux sociaux, loin de sa source d'origine. En parallèle, un badge visible, symbolisé par les lettres « IA », est en cours de finalisation pour repérer ces contenus d'un coup d'œil.

Il y a une bonne nouvelle pour les entreprises déjà en activité. Celles qui utilisaient un système d'IA générative avant ce 2 août ont jusqu'au 2 décembre pour ajouter ce fameux tatouage numérique à leurs contenus, sans risquer de sanction immédiate. Un délai bienvenu, car la méthode technique exacte pour créer cette marque invisible était encore en discussion il y a quelques mois, entre experts, industriels et régulateurs réunis autour de la même table.

L'AI Act impose la transparence aux systèmes d'intelligence artificielle utilisés et proposés en Europe. © Ilia Levchenko / Shutterstock
L'AI Act impose la transparence aux systèmes d'intelligence artificielle utilisés et proposés en Europe. © Ilia Levchenko / Shutterstock

Qui va faire respecter tout ça, et avec quels moyens ?

Encore fallait-il savoir qui vérifie tout cela, et qui punit les tricheurs. Bruxelles a créé un gendarme dédié, le Bureau européen de l'IA, chargé de sanctionner les fabricants des grandes IA génératives, comme celles derrière les chatbots, ainsi que les IA intégrées aux plus grandes plateformes en ligne. Pour le reste, la surveillance revient aux autorités de chaque pays. En France par exemple, dix-sept régulateurs sectoriels sont encore en cours d'installation, la CNIL, la Commission nationale de l'informatique et des libertés, est en chef de file depuis février. Il y aura un gardien dédié aux institutions européennes elles-mêmes.

Le montant des amendes pourrait être dissuasif pour beaucoup. Pour les pratiques les plus graves, si une intelligence artificielle venait à manipuler psychologiquement les gens ou les noter socialement pour le compte de l'État, l'addition peut grimper jusqu'à 35 millions d'euros, ou 7 % du chiffre d'affaires mondial si ce montant est plus élevé. Pour les autres manquements, notamment ceux liés aux grandes IA généralistes comme celles qui alimentent les assistants virtuels, la facture plafonne à 15 millions d'euros, ou 3 % du chiffre d'affaires, selon le montant le plus élevé.

Mais parce que Bruxelles ne peut pas tout surveiller seule, elle s'appuiera désormais sur trois relais. D'abord, il y a un vrai volet participatif. Tout le monde devra, pourra jouer le jeu. Dans le détail, n'importe quel citoyen peut signaler une infraction suspectée via un outil de plainte en ligne. Ensuite, un canal confidentiel protège les salariés qui voudraient dénoncer les pratiques douteuses de leur employeur, sans craindre de représailles. Et enfin, un panel de 60 experts scientifiques indépendants vient d'être installé pour aider les régulateurs à trancher les questions les plus techniques.

Les sanctions pourraient être très lourdes pour les entreprises qui ne respecteront pas le règlement IA. © RaffMaster / Shutterstock
Les sanctions pourraient être très lourdes pour les entreprises qui ne respecteront pas le règlement IA. © RaffMaster / Shutterstock

Ce qui attend encore son heure

Rassurez-vous, ou inquiétez-vous, c'est selon. Les obligations les plus lourdes, celles qui encadrent les IA dites « à haut risque » parce qu'elles influencent des décisions importantes sur la vie des gens, comme le recrutement automatisé ou la notation de crédit, n'entrent pas en jeu tout de suite. Bruxelles a accordé un report à décembre 2027, voire août 2028 pour les IA déjà intégrées à des produits déjà réglementés, comme les dispositifs médicaux ou les jouets connectés.

Une autre étape importante est déjà fixée au calendrier. Sachez que dès le 2 décembre prochain, deux pratiques particulièrement graves seront explicitement interdites dans l'Union européenne. D'un côté, on retrouve les IA capables de créer de fausses images dénudées d'une personne réelle sans son accord, ce qu'on appelle la « nudification » ; et de l'autre, celles qui génèrent des images pédopornographiques. Un signal fort des législateurs, bien qu'un peu tardif, qui n'ont malgré tout pas attendu les grandes règles sur les IA à haut risque pour agir sur ces dérives jugées inacceptables.

Et signe que le mouvement est déjà bien engagé : plus de 180 organisations ont volontairement signé le code de bonnes pratiques rédigé par Bruxelles, un guide qui détaille comment respecter concrètement les règles de transparence, avant même que la loi ne les y oblige. De quoi laisser penser que l'industrie de la tech pourrait, cette fois, jouer le jeu sans attendre le bâton judiciaire. Reste à voir si cet élan tiendra une fois les premières sanctions vraiment tombées.